Reportage sur  ForMaroc 

 

Les organisateurs, Carlos Da Costa et Bernard Dutheil, nous ont concoctĂ© un parcours sur les thĂšmes de l’expĂ©dition et de la dĂ©couverte. Pour cette Ă©dition, un nouveau concept a germĂ© dans la tĂȘte de Carlos Da Costa, il s’en explique: « Depuis longtemps, je suis passionnĂ© par les rĂ©cits d’explorateurs ou d’aventuriers qui de leurs temps sillonnaient les terres et les ocĂ©ans du monde entier et je n’ai eu de cesse de partir Ă  la dĂ©couverte de contrĂ©es lointaines et de nouvelles cultures. Qui dit voyages et dĂ©couverte dit souvent cartes gĂ©ographiques et parcours Ă  identifier. Pour l’Afrique du nord, les pays colonisateurs comme l’Espagne, le Portugal, et bien Ă©videment plus tard le Royaume -Uni et la France ont contribuĂ© Ă  l’élaboration de missions scientifiques afin d’établir ou de complĂ©ter les cartes terrestres du continent africain. J’aime entre deux dĂ©parts, replonger dans ces rĂ©cits de voyages oĂč l’inconnu et le mystĂšre ne font plus qu’un.  Depuis des annĂ©es, mon rĂȘve est d’organiser des expĂ©ditions sur les traces d’aventuriers Ă  la recherche de vieilles pistes oubliĂ©es. Cette fois- ci, nous ne parlerons pas des fameuses pistes Gandini, mais bien d’itinĂ©raires rĂ©pertoriĂ©s au dĂ©but du vingtiĂšme siĂšcle par quelques amoureux d’exotisme et de sensations fortes Â».

Les Explorateurs

 

DĂšs que l’on parle de voyages,  notre jeune organisateur  est intarissable, il est dans son Ă©lĂ©ment,  il nous rappelle au passage un peu d’histoire : « Jusqu’en 1912, la production cartographique relative au Maroc est trĂšs limitĂ©e. L’information dont les puissances coloniales se servent pour dresser des cartes provient de sources diverses: des reconnaissances et itinĂ©raires suivis par les officiers des «missions militaires» au Maroc, et des rapports fournis par les ambassades et consulats ou par des «explorateurs» et des journalistes qui, en rĂ©alitĂ©, font de l’espionnage.


Au XIXe siĂšcle, pour ce qui est de la France, ces informations permettent, par exemple, d’établir la Carte de l’Empire du Maroc, levĂ©e par Louis-Jules Beaudoin et publiĂ©e par le DĂ©pĂŽt de la Guerre en 1848, ou la carte Maroc, 500 000, publiĂ©e par le Service gĂ©ographique de l’armĂ©e en 1894. De ces cartes, j’en ai retirĂ© quelques pistes qui pour certaines Ă©taient passĂ©es dans l’oublie. D’oĂč l’idĂ©e de mettre en place une expĂ©dition dont la thĂ©matique serait la recherche de ces pistes oubliĂ©es. J’ai nommĂ© cette expĂ©dition « Iferwan Â» et je compte avec les participants rĂ©aliser un reportage photographique et par la suite un carnet de voyage de l’aventure Â».


Pour info, depuis la nuit des temps, les berbĂšres et touaregs se servent des Ă©toiles pour s’orienter. La Croix du sud ou Iferwan est une constellation en forme de Croix, les habitants de ces rĂ©gions s’en servaient pour retrouver le pĂŽle sud. Nous retrouvons souvent la Croix du sud ou Iferwan sur les Ă©tales  sous forme de bijou. Elle est devenue une protection, un hĂ©ritage, une quĂȘte, pour ceux qui voyagent sur l'hĂ©misphĂšre sud.


Apres ces explications, j’ai qu’une seule hĂąte partir Ă  la recherche des fameuses pistes oubliĂ©es d’Iferwan. Avant mon dĂ©part pour le continent africain, j’effectue un petit dĂ©tour par le garage Electro Diesel Ă  Gerzat(63).


Pour ceux dont le continent africain est le premier terrain aventure, il est bon de savoir que les carburants ne sont pas seulement servis dans des stations services. Souvent, dans certaines rĂ©gions d’Afrique, il n’est pas rare de trouver  le carburant vendu au bidon. Certains voyageurs ont eu la dĂ©sagrĂ©able surprise de retrouver  de l’eau dans le gasoil, Il est donc difficile de vĂ©rifier la qualitĂ© des carburants. Avant tout long pĂ©riple en Afrique, il est donc important de prĂ©voir le montage d’un prĂ©-filtre Ă  gasoil, surtout  sur les nouveaux modĂšles de 4X4, plus fragiles.


StĂ©phane, gĂ©rant de la sociĂ©tĂ© Electro Diesel n’est pas Ă  son premier montage. Il est le seule agent Nippon Denzo de la rĂ©gion Auvergne, il est devenu au fil du temps l’incontournable de la prĂ©paration sur toute marque. Pour moins de 150 euros, il va monter un dispositif simple mais efficace qui Ă©vitera bien des dĂ©boires au moteur. A savoir, l’eau + gasoil = dĂ©gĂąts sur pompe Ă  injection ou injecteur.  Ce prĂ©-filtre joue le rĂŽle de fusible, les nouveaux 4X4 plus sensibles et prĂ©cis au niveau de l’injection ne supporteraient  pas  ce mĂ©lange. En pratique, le gasoil pĂ©nĂštre au fond du dĂ©canteur, l’eau plus lourde que le gasoil reste au fond du prĂ©-filtre, le gasoil seul arrive au filtre Ă  gazoil et ensuite au moteur.


D’oĂč l’intĂ©rĂȘt de vĂ©rifier rĂ©guliĂšrement le fond transparent de la cuve du prĂ©-filtre afin de retirer l’eau Ă©ventuellement prĂ©sente grĂące Ă  une visse de purge.  StĂ©phane me propose donc un montage simple avec un prĂ©- filtre universel de camion montĂ© avec des durites de 10 mm de diamĂštre tressĂ©es extĂ©rieur (spĂ©cial gasoil).


Apres les derniĂšres vĂ©rifications d’usage avant tout dĂ©part pour un long voyage au Maroc, je suis fin prĂšs Ă  prendre la route direction le port de Barcelone pour 24 heures de croisiĂšre. 7 Ă©quipages venus de toute la France sont au dĂ©part en terre marocaine pour relever ce nouveau dĂ©fi. Deux Nissan Patrol, quatre Toyota et un seul Land 110 feront parti de cette expĂ©dition. AprĂšs une nuit sur le bateau et une seconde Ă  Tanger, les Ă©quipages prennent  la route direction Essaouira, d’oĂč sera donnĂ© le dĂ©part officiel du ForMaroc octobre 2011.


A Essaouira, les Ă©quipages ont une journĂ©e pour  rĂ©aliser un reportage photographique, l’occasion pour certains de dĂ©couvrir  cette ville millĂ©naire. Un peu d’histoire, dĂšs la chute de l’empire Romain et durant le moyen Ăąge, les marins portugais prirent la ville et y installĂšrent d’abord une base militaire puis un comptoir commercial. La ville fut rebaptisĂ©e Mogdura en portugais – Mogador en français. Les concurrents dĂ©couvrent une ville animĂ©e qui grouille d’une multitude d’activitĂ©s liĂ©e Ă  la pĂȘche mais aussi Ă  l’artisanat.  Apres une journĂ©e dĂ©couverte, les apprentis photographes  trĂ©pignent d’impatience de dĂ©couvrir plus en dĂ©tail le parcours. 


C’est autour d’un excellent tagine de poulet aux pruneaux que l’organisateur nous dĂ©voile enfin les Ă©tapes tenues secrĂštes jusque lĂ . Au programme, crĂ©ation de deux groupes de 4X4, un chef d’expĂ©dition est dĂ©signĂ© par groupe, ce dernier devra Ă  l’aide d’un GPS trouver les diffĂ©rentes pistes d’Iferwan. Les deux groupes sont Ă©quipĂ©s d’un GPS de chez Globe 4X4  dont l’organisateur Ă  insĂ©rer  des parties du parcours sous forme de traces. La mission pour les deux responsables de groupe, trouver les parties manquantes et ainsi mener son groupe Ă  la fin de l’étape. Unique et ludique ce jeu de pistes est accompagnĂ© chaque jours d’ateliers photographiques qui donnent lieu Ă  un concours avec bien Ă©videment un classement final.


DĂšs le lendemain matin, nous passons de la thĂ©orie Ă  la pratique, les traces sont rentrĂ©es dans les GPS, maintenant aux chefs de groupe de jouer. Cette premiĂšre Ă©tape qui nous mĂšne au port de pĂȘche d’Imessouane sera pour les deux groupes une mise en bouche. Les Ă©tapes les plus mystĂ©rieuses et difficiles du parcours ne dĂ©buteront qu’à Tafraout.

C’est Ă  travers les arganiers que nous dĂ©couvrons un Maroc authentique oĂč les traditions rĂ©sistent Ă  la modernitĂ©. Le petit village de pĂȘcheurs de  Sidi Kaouki sera pour nous la premiĂšre halte ainsi que le premier atelier photographique. Les couleurs vivent des bateaux dĂ©coupent un horizon azur, les pĂȘcheurs  s’activent autour de leurs embarcations, l’ocĂ©an et la marĂ©e n’attendent pas.


Une piste de terre nous entraĂźne sur une succession de paysages cĂŽtiers dont la beautĂ© et les couleurs changent au fil de la journĂ©e.  Gilles Ă  bord de son Toyota HDJ 80 de couleur orange est le leader du groupe numĂ©ro 1, il n’en revient pas de la beautĂ© des panoramas. C’est au cours d’un arrĂȘt dĂ©gustation de sardines Ă  la braise, qu’il nous donne ses impressions : « Cette cĂŽte sauvage est vraiment magnifique, mon Ă©pouse et moi sommes sous le charme, j’ai apprĂ©ciĂ© l’atelier photographique autour des pĂȘcheurs dans ce village du bout du monde ». 


La premiĂšre journĂ©e se termine dans une coopĂ©rative d’huile d’argan gĂ©rĂ©e par une cinquantaine de femmes qui ont choisit de prendre leur destin en main.  Camping Ă  Imessouane pour le premier bivouac, le ForMaroc  prend des airs de vacances, chaque Ă©quipage se prĂ©pare  Ă  passer une nuit au clair de lune. Le lendemain matin, c’est Ă  l’aurore, au son du Muezzin, que les premiers  Ă©quipages se lĂšvent. La journĂ©e va ĂȘtre longue, plus de 150 km au programme, au Maroc, on parlera en temps. Il faudra donc la journĂ©e pour rallier Taroudant, il ne faut pas perdre de temps si nous voulons profiter des belles lumiĂšres.  Pour cette seconde Ă©tape, le groupe n°2 partira en premier. Pour Roselyn au volant de son Toy  KZJ pas de stress, elle n’est pas une novice des raids en 4X4, d’ailleurs elle ne les compte plus.


Cette passionnĂ©e de voyage est aussi une peintre expĂ©rimentĂ©e et bien entendu mordue de photographie, elle n’a qu’un seul objectif : « Je suis lĂ  pour profiter des belles lumiĂšres, des couleurs vives, la beautĂ© des paysages, je compte me perfectionner dans les techniques de prise de vues en reportage et enfin je souhaite mettre Ă  profit  ce raid pour maitriser le maniement du GPS Globe 4X4 que je dĂ©couvre Â».


Roselyn connait ForMaroc. En effet, en 2010, elle Ă©tait arrivĂ©e seconde au concours photo : « Je garde un super souvenir du raid 2010, une ambiance sympa, une expĂ©rience humaine extraordinaire. Je trouve que cette nouvelle formule de voyage donne la part belle Ă  la dĂ©couverte et aux rencontres avec la population. Cette annĂ©e, je trouve l’idĂ©e originale de trouver les pistes grĂące au GPS, ça met du piment Ă  l’aventure Â».


 Il est 11h00 quand les Ă©quipages  se retrouvent pour un pique nique sous les oliviers prĂšs des cascades d’Immouzer. Avant de reprendre une belle piste de montagne, un atelier photographique sur le thĂšme de la composition est proposĂ© dans les gorges, aprĂšs le repas. La piste est longue pour Taroudant, les piĂšges sont nombreux sur ce parcours de montagne alors que l’orage menace.  Encore une fois, il ne faut pas confondre rapiditĂ© et prĂ©cipitation, il faudrait vĂ©rifier parfois avant de prendre un mauvais chemin surtout lorsqu’il est Ă©troit.


Cette belle piste de montagne aura le dernier mot sur notre programme, les Ă©quipages n’arriveront pas au but de l’étape. Il est dix sept heures, il nous faut trouver un emplacement pour le bivouac au plus vite car le rĂšglement du raid est stricte : arrĂȘt de tous les Ă©quipages avant dix huit heures. Bernard, l’un des organisateurs mais surtout le responsable de la sĂ©curitĂ© s’en explique : « Nous tenons absolument Ă  ce que tous les Ă©quipages s’arrĂȘtent avant dix huit heures, juste avant la nuit. De nuit, les routes en Afrique sont souvent  frĂ©quentĂ©es par des animaux en libertĂ©, la population se dĂ©place elle aussi sur le bord des pistes et souvent sans Ă©clairage. Nous demandons donc pour des raisons de sĂ©curitĂ© au responsable de groupe l’arrĂȘt un peu avant la nuit le temps de trouver un lieu pour monter le bivouac Â». 


C’est non loin de l’autoroute que nous trouverons notre havre de paix.  Pour Jean-Luc, pas de problĂšme, c’est dos Ă  la route avec sa coĂ©quipiĂšre qu’ils contemplent un sublime coucher de soleil sur la cime des montagnes de l’Atlas. Le repas aux bougies qui s’en suit prend des allures du film Out of Africa. « Tous les lieux sont magiques au Maroc, je profite de chaque instant car il est unique, nous sommes souvent tous ensemble mais de temps en temps, j’apprĂ©cie de pouvoir prendre un peu de distance pour ma contemplation».  C’est avant le lever du soleil, que le camp s’éveille lentement, il nous faut rattraper les kilomĂštres de la veille. Nous n’aurons pas le temps de faire du tourisme Ă  Taroudant, tout juste le temps pour le ravitaillement en fruits et lĂ©gumes. Mais peu importe, nous sommes tous impatients Ă  l’idĂ©e de retrouver la premiĂšre des pistes oubliĂ©es. 


Apres une cinquantaine de kilomĂštres sur une route Ă©troite au goudron irrĂ©gulier ponctuĂ©e de trous assassins, nous arrivons enfin dans un village. Il faut retrouver des traces, voir des indices de cette vieille piste empruntĂ©e jadis par une expĂ©dition motorisĂ©e française. La chasse Ă  la piste est ouverte, commence alors sous le regard amusĂ© de la population un va et vient de voitures dans les ruelles. Pour certains, c’est au pif et avec un peu de chance pour d’autres on questionne la population et on recoupe les informations. Les deux groupes passeront une bonne heure dans le village avant d’emprunter deux directions diffĂ©rentes.  Gilles et son groupe choisiront  la piste la plus difficile, mais la bonne option. AprĂšs une succession de passages dĂ©licats dans le lit d’une riviĂšre Ă  sec, il faut ensuite traverser un champ de cailloux, ils finissent enfin par prendre le long d’un oued un chemin Ă©troit et rocailleux oĂč parfois les roues jouent avec le vide, les voilĂ  enfin sur la piste d’Iferwan.  Pour la seconde Ă©quipe, une autre option sera retenue, Roselyn suivra malheureusement une belle piste Gandini indiquĂ©e sur son GPS Globe 4X4.


L’aventure commence enfin, les CB mĂȘme Ă©quipĂ©es d’un tonton (amplificateur) puissant ne pourront rien y faire. Mais, comme toute grande aventure, tous les ingrĂ©dients sont rĂ©unis, un peu de suspense, d’inquiĂ©tude et surtout des pĂ©ripĂ©ties pour que les journalistes aient de quoi Ă©crire. Deux groupes sur des pistes diffĂ©rentes et enfin un concurrent perdu, un vrai casse tĂȘte pour l’organisateur qui passera une bonne partie de l’aprĂšs-midi Ă  retrouver Jacky et son coĂ©quipier au volant de son Toyota HDJ 80, il nous raconte sa mĂ©saventure.  « J’ai pris Ă  la sortie d’un village la piste de gauche que j’ai suivie avant d’entrer dans un canyon. Au bout de quelques kilomĂštres sans communication Ă  la CB, je me suis rendu Ă  l’évidence, Jacky, tu as pris la mauvaise direction. J’ai du faire demi tour mais comble de mal chance un malheur n’arrivant jamais seul, mon pneu arriĂšre gauche Ă©clate.  Loin de toute habitation, il me fallait vite monter la roue de secours, reprendre la bonne piste et surtout rejoindre les autres Ă©quipages.

suite de notre récit


Enfin au bout de deux heures, j’ai enfin une voix Ă  la CB, enfin un grand soulagement, Carlos m’a enfin retrouvĂ©, j’ai bien cru que j’y passai la nuit Â».

 Dans ce genre de situation, il est important d’ĂȘtre Ă©quipĂ© de bon moyen de communication, mais dans un canyon, il faut savoir que la portĂ©e d’une CB ou VHF sont  rĂ©ellement rĂ©duites.  A la tombĂ© de la nuit, la grande partie des Ă©quipages sont enfin Ă  Tafraout au pied des rochers peints pour un bivouac sous les Ă©toiles. Pour l’autre partie de la compagnie, bivouac sur la piste et au menu sardines Ă  l’huile d’olive au clair de lune.

DĂšs le lendemain, l’ensemble des Ă©quipages regroupĂ© ont pour mission de retrouver l’entrĂ©e d’un canyon empruntĂ© autrefois par une expĂ©dition française de l’entre deux guerres. Pour que l’expĂ©dition ne prenne pas trop de retard,  l’organisateur entre quelques points dans les GPS Globe 4X4.


Enfin le jeu de piste débute pour les deux groupes, le théùtre des opérations se trouve à une cinquantaine de kilomÚtres au sud de Tafraout sur des hauts plateaux désertiques. Pour trouver la piste les deux groupes ont deux modes opératoires totalement différents.

 

Pour l’équipe Ă  Gilles, c’est la mĂ©thode agricole (du labour). La technique est un quadrillage complet du plateau Ă  plusieurs 4X4 en espĂ©rant tomber sur la bonne piste.  Pour l’équipe Ă  Roselyn, une autre tactique est adoptĂ©e, surtout aprĂšs l’erreur de piste de la veille. On prend le temps de faire le point, on vĂ©rifie son GPS et surtout tant que l’on n’est pas sĂ»r, on demande aux autres 4x4 d’attendre.  Au bout de deux heures nos deux Ă©quipes sont sur la bonne piste, il faut maintenant arriver au canyon avant la nuit. Les paysages avec un soleil sur le dĂ©clin sont d’une pure beautĂ©, n’oublions pas que les Ă©quipages sont surtout notĂ©s sur la photographie et non sur le chrono.

 

Depuis 2009, cette formule de raid a sĂ©duit une trentaine d’équipages et cette annĂ©e pour la seconde fois, Coline nous donne son sentiment : « c’est mon second ForMaroc , je suis sous le charme, cette nouvelle Ă©dition est pleine de surprise, plus de bivouac, plus de dĂ©couverte, tous les jours nous sommes plongĂ©s dans l’aventure car rien n’est programmĂ©, nous sommes les acteurs et ça c’est super surtout dans un monde oĂč tout est planifiĂ© d’avance. Bravo pour le concept, on ne s’ennuie pas une minute et enfin moi qui aime la photographie, j’apprĂ©cie de pouvoir m’arrĂȘter oĂč je veux, je prends mon temps et ça de nos jours c’est un luxe Â». 


Il est un peu plus de seize heures quand les premiers Ă©quipages arrivent Ă  l’entrĂ©e du canyon. La  question est de savoir s’il faut pĂ©nĂ©trer dans la gorge au risque d’y passer la nuit. La tentation est grande de dĂ©couvrir  le lieu mais l’organisateur est clair, arrĂȘt obligatoire avant la nuit.  Le choix est fait, le groupe de Gilles entre dans la vallĂ©e encaissĂ©e au risque de devoir faire son bivouac dans cette gorge Ă©troite. Pour info, il est fortement dĂ©conseillĂ© de faire son bivouac dans un canyon, en cas d’orage, il y a de grandes chances d’ĂȘtre surpris par la montĂ©e soudaine des eaux. Mais pas d’orage Ă  l’horizon, le temps est clair et la curiositĂ© est grande de franchir les quelques marches de pierres, un peu de franchissement n’arrĂȘte pas les aventuriers. Les eaux en furies ont au fil du temps sculptĂ© cet endroit, laissant d’énormes trous. Il faut ĂȘtre trĂšs vigilant Ă  l’endroit oĂč l’on place les pneumatiques, sous peine de casse. 

 

Le coĂ©quipier doit souvent descendre pour assurer dans les passages les plus dĂ©licats entre les parois. La tension est palpable dans les voitures,  les pneus ne sont pas Ă  la noce, il ne faut surtout pas entailler une carcasse sous peine d’immobiliser tous les Ă©quipages. Il est un peu plus de dix sept heures quand la seconde Ă©quipe pĂ©nĂštre Ă  son tour dans la gorge. La lumiĂšre baisse trĂšs rapidement, il faut rejoindre la premiĂšre Ă©quipe pour Ă©tablir le bivouac. Les passages sont dĂ©licats mais avec de la patience et surtout beaucoup de sang froid tout est surmontable. GuidĂ©s par le leader du groupe 2, l’équipage fĂ©minin, nous avançons lentement dans ce monde minĂ©ral oĂč  la nature sauvage nous invite Ă  la modestie. 

 

Il est dix huit heures,  Carlos l’organisateur prend la dĂ©cision Ă  la CB d’arrĂȘter la progression et d’établir un bivouac en hauteur de telle façon que nous puissions ĂȘtre Ă  l’abri en cas de montĂ©e des eaux. Le choix est sage, il ne faut pas prendre de risque, le lieu est sauvage et dangereux. Tant pis, les deux groupes sont sĂ©parĂ©s par trois kilomĂštres, il faut profiter de cette belle nuit sous les Ă©toiles, le canyon est Ă©clairĂ© par la pleine lune et c’est autour d’un bon verre que nous allons partager ce moment hors du temps. Quelle journĂ©e !!! Tout le monde est unanime,  le raid ForMaroc, c’est vraiment un antidote Ă  la civilisation, au bout de quelques jours, plus de notion de temps, plus de problĂšmes de stress, plus de mal de dos. 

 

Au rĂ©veil, le spectacle est de toute beautĂ©, le soleil grignotant la cime des montagnes, la vie est belle surtout pour les mordus de photographies qui n’ont pas manquĂ© les images de l’aurore dans ce lieu insolite et magique. Il est temps de partir, le canyon est long, il nous faut retrouver l’équipe numĂ©ro 1.  Les Ă©quipages enfin rĂ©unis, nous faisons route dans un univers Ă  couper le souffle. Les parois vertigineuses couleur ocre  dĂ©coupent le ciel azur, il nous faut garder les yeux sur terre, les passages entre les rochers demandent une attention de tout les instants. La maitrise de son 4X4 est souvent une histoire de pratique et de contrĂŽle de soi. Encore une fois, je peux apprĂ©cier la motricitĂ© exceptionnelle des pneumatiques Black Star dans des zones de trial. La roche saillante et les cailloux pointus torturent les flans, et la bande de roulement des Globe Trotter. Ce pneu mixte Ă  crampons n’a Ă  aucun moment montrĂ© de faiblesse, il est vraiment un bon compromis par sa polyvalence et son prix.


Il est presque quinze heures, nous sortons de ce canyon, il est trop tard pour faire la seconde partie qui nous aurez menĂ© sur la route de Tata. C’est par la route que nous devons regagner une nouvelle fois Tafraout, satisfait d’avoir accompli une grande partie de cet itinĂ©raire. Pour rattraper notre retard, il nous faut prendre une route qui Ă  des allures de pistes tant elle est Ă©troite et parsemĂ©e de trous de toutes tailles. C’est Ă  la nuit tombĂ©e que nous arrivons enfin Ă  Foum –Zguid. LĂ , nous attend un bivouac grand luxe. Carlos a simplement demandĂ©  au directeur d’un hĂŽtel  de pouvoir installer le camp au bord de la piscine. Nous voilĂ  donc en train de planter les sardines de nos tentes au bord du bassin Ă©clairĂ© de l’hĂŽtel, au Maroc tout est possible.  Mais la nuit sera de courte durĂ©e, la voix au loin du Muezzin nous rappelle que nous sommes en terre d’Islam. Il faut nous lever et prendre la piste au plus vite, le dĂ©sert peut nous rĂ©server des surprises. Zagora sera la prochaine Ă©tape avant de prendre la route du barrage El-Mansour-Eddahbi Ă  une quinzaine de kilomĂštres de Ouarzazate.


La partie dĂ©sertique tant attendue est enfin devant nous. Les premiers kilomĂštres ne seront pas de tout repos, la tĂŽle ondulĂ©e s’est invitĂ©e au voyage.  Les  secousses sont trĂšs dĂ©sagrĂ©ables, il faut essayer de minimiser le phĂ©nomĂšne de vibration en adaptant la vitesse du 4x4. Les ressorts et les amortisseurs n’ont qu’à bien se tenir, Ă  l’intĂ©rieur  du vĂ©hicule l’impression de tremblement de terre est  insupportable.  Des qu’une piste parallĂšle se prĂ©sente, c’est  avec soulagement que nous changeons de cap.


Le ForMaroc, c’est aussi de la solidaritĂ© auprĂšs des populations locales. Depuis Essaouira, les Ă©quipages se sont arrĂȘtĂ©s de nombreuses fois pour donner dans les Ă©coles des fournitures scolaires offertes par un gĂ©nĂ©reux mĂ©cĂšne. Pour certains, c’est peut-ĂȘtre une goutte d’eau, mais pour les organisateurs, le ForMaroc  se doit d’aider les populations. D’ailleurs, les Ă©quipages sont invitĂ©s Ă  charger au dĂ©part de  France des fournitures scolaires, des vĂȘtements, des chaussures pour les enfants. Ces dons sont  collectĂ©s toute l’annĂ©e par les bĂ©nĂ©voles de l’association de coopĂ©ration « Carrefours des Hommes Â», et le matĂ©riel scolaire est offert par des entreprises partenaires.  Pour les Ă©quipages, c’est l’occasion unique d’entrer en contact avec les populations nomades que nous croisons. Pour Marie, l’une des apprenties photographe de l’expĂ©dition, c’est un moment de partage : « Je vis des instants hors du temps, j’ai eu beaucoup d’émotions en voyant la vie de ce peuple et ces enfants nomades avec le sourire et nous qui nous plaignons pour un rien. Je pars souvent en Afrique noire avec des associations de dĂ©veloppement et je retrouve Ă  travers ce voyage les valeurs de partage qui m’animent Â».


 Zagora est l’occasion pour certains d’aller saluer un ami mĂ©cano, pour d’autre l’occasion de dĂ©couvrir la magnifique palmeraie. La beautĂ© des paysages le long  de la vallĂ©e du DrĂ a, nous font oublier les kilomĂštres qui nous sĂ©parent de Ouarzazate. C’est au soleil couchant que nous trouvons non loin du barrage El-Mansour-Eddahbi un petit havre de paix. Ce soir, Jacky est aux commandes de la cantine ambulante. En effet, chaque annĂ©e est dĂ©cernĂ©e la  (timbale du meilleur bivouac) et c’est lui le dĂ©tenteur de la fameuse boite ronde de sardine espagnole d’un kilo de 2007. Au menu, coq au vin et la grande surprise, nous aurons des  frites faites maison. Pas vraiment un plat marocain, mais il faut savoir Ă©tonner les convives.


Bonne ambiance, rires, Ă©changes de techniques photographiques, Ă©vocation de voyage sont au menu chaque soir pour le plus grand bonheur des participants. Il n’est pas simple de faire cohabiter plusieurs  gĂ©nĂ©rations,  d’oĂč l’importance de ne pas ĂȘtre trop nombreux sur ce genre de voyage.  Le plus jeune des participants n’a pas vingt ans, la doyenne est de 1936, c’est la volontĂ© des organisateur d’avoir cette mixitĂ©. Pour Fred le mĂ©cano, un peu plus de trente ans, c’est que du bonheur : «Pour moi, le Maroc, c’est la premiĂšre fois. Au garage Nissan oĂč je travaille, je vois souvent partir des clients au Maroc et je n’en reviens toujours pas d’ĂȘtre lĂ , je suis vraiment heureux de vivre cette expĂ©rience. Le plus difficile maintenant, c’est d’expliquer Ă  ma compagne qu’il va falloir prĂ©voir un budget pour partir Ă  nouveau Â».  Pour notre avant derniĂšre Ă©tape,  nous allons prendre les gorges du DadĂ©s, direction Agoudal par une magnifique piste de montagne.


En nous reprochant du sommet, nous roulons de plus en plus sur une bande de terre Ă©troite entre la paroi de la montagne et le prĂ©cipice vertigineux. Nous somme encore loin du col qui est Ă  plus de 2500 mĂštres d’altitude.  Mais c’est sans compter sur la mĂ©tĂ©o changeante en montagne. Au loin, l’orage menace, le ciel est chargĂ© mais cela n’effraie pas pour autant nos passionnĂ©s d’images.  Le contraste est irrĂ©el, les couleurs saturĂ©es sur un fond de ciel encombrĂ©, les paysages que nous dĂ©couvrons sont de toutes beautĂ©s avec un Ă©clairage qui change toutes les minutes. En haut du col, ce sont le brouillard et la grĂȘle qui attendent les voyageurs.  Sur l’autre versant, le spectacle est grandiose au grand bonheur de Colette doyenne de l’aventure : «  je suis vraiment heureuse quand je pense que j’ai failli ne pas partir, j’ai bien fais d’écouter mon petit fils. Chaque jour le spectacle est d’une pure beautĂ©, je suis heureuse d’avoir Ă  mon Ăąge pu vivre ce voyage unique. Si je peux me permettre un conseil d’ami,  il ne faut pas attendre d’avoir 75 ans pour  profiter de la vie et des voyages».


Nous arrivons Ă  d’Imilchil un peu avant la nuit. C’est dans ce village de montagne qu’est cĂ©lĂ©brĂ© le Moussem des fiançailles, cette fĂȘte est l’occasion pour les nombreux cĂ©libataires de la rĂ©gion de trouver  l’ñme sƓur, c’est  l'un des plus beaux rassemblements populaires du Maroc. Non loin de lĂ , le lac de Tisli sera un point idĂ©al pour planter nos tentes au bord de l’eau. Ce soir lĂ , le repas se finira sous l’averse, un avant gout du temps qui nous attend en France. Lendemain matin, c’est un dĂ©cor d’automne que nous dĂ©couvrons, les rayons du soleil  Ă  travers les feuilles jaunes des bouleaux, sur fond de lac aux reflets d’argent. Pour la derniĂšre Ă©tape, la pluie s’invite au voyage, il faut changer le parcours, trop dangereux de s’aventurer sur des pistes inondĂ©es oĂč circulent des engins de bardages. Deux choix de routes sont proposĂ©es : Soit Ă  travers la forĂȘt de cĂšdres Ă  la rencontre des singes ou bien la dĂ©couverte des fameux greniers suspendus de Tiwina-n-Aoujgal.  On accĂšde Ă  ce dernier par un chemin Ă©troit Ă  flanc de montagne surplombant le vide de plus de 400 mĂštres, pour ainsi dire impressionnant ! 


Azrou,  petite bourgade Ă  1200 mĂštres d’altitude sera l’épilogue de ce long voyage. Cette expĂ©dition ForMaroc  Iferwan restera pour nos voyageurs une extraordinaire expĂ©rience humaine,  des sensations fortes qui laisseront pour beaucoup une grande volontĂ© de revenir au Maroc. Pour Delphine, avec c’est trois ForMaroc au compteur la nuit sera longue. Elle fĂȘte avec son Ă©poux leurs 5 ans de mariages et son troisiĂšme raid : « C’est mon troisiĂšme ForMaroc et je suis toujours aussi enthousiaste, la formule est vraiment sympa, elle donne le temps Ă  des gens comme moi de se perfectionner Ă  la pratique de la photographie. A la fin du pĂ©riple, J’ai toujours les mĂȘmes regrets : le temps passe trop vite, ensuite pendant dix jours, des amitiĂ©s se crĂ©ent. J’aime l’esprit convivial des participants, la preuve, je reviens chaque annĂ©e».


Pour ma part, ce voyage me laisse un petit gout de reviens-y.Rendez vous donc dĂšs le mois de mai 2012, pour une nouvelle Ă©dition de ForMaroc « Terre d’Argan Â» la formule un peu plus confort et dĂšs le mois d’octobre 2012, le rendez vous incontournable des purs et durs du bivouac, le ForMaroc «Pistes d’Iferwan Â».


Texte : Carl Lacoste